Un sentier balisé, trois jours de marche et tout cela à moins d’une heure de Liège. C’est pour moi ! Le Wildnis Trail déroule ses 85 km dans le parc national allemand de l’Eifel. De Monschau-Höfen à Zerkall, il serpente entre forêts et prairies…
Le Wildnis Trail est taillé pour la microaventure : distance raisonnable, pas loin de Liège et financièrement très abordable. On est en terrain connu. Pourtant, dès mon arrivée aux portes de l’Eifel, le dépaysement est total. Ici, on parle allemand et « Plattdeutsch », le dialecte local.
Le parc porte aussi les traces d’un long passé militaire. Une partie de la zone a servi de terrain d’entraînement jusqu’en 2005. Quelques panneaux préviennent encore du danger de munitions non explosées. Prudence donc : le hors-piste est interdit.
Höfen — Einruhr

Le premier jour, j’ai laissé la voiture sur le parking des randonneurs pour aller m’inscrire au bureau d’information et acheter le topoguide. J’ai aussi acheté mon forfait Wildnis Trail pour l’hébergement.
Le balisage débute à la sortie du parking, côté forêt. Le marquage à tête de lynx est très présent. Il y a peu de risque de se perdre.

Et c’est parti pour de jolis petits chemins qui se promènent au milieu des prairies. Puis on monte dans les bois, sur les pistes coupe-feu et les chemins d’accès pour les bûcherons. Ça fait un peu autoroute pour marcheurs. Mais on passe très vite par des sentiers qui montent et descendent au rythme des vallées creusées par l’Erkensruhr. Petite halte près de l’Obersee. Et c’est reparti.

De temps à autre, je croise les empreintes d’un sanglier ou les traces d’une biche ou d’une chèvre. Le sentier porte bien son nom de trail sauvage. Seule l’arrivée à Einruhr est un peu décevante car elle longe une route fréquentée.
Einruhr — Wolfgarten

Après une bonne nuit dans un des hôtels du topoguide, je reprends la route au pied de l’église, à quelques mètres du point info. D’emblée, ça monte fort vers le point le plus haut de la randonnée : plus de 500 m d’altitude. Puis on s’enfonce dans une forêt dense en suivant le cours de la rivière. Il manque (ou je rate) quelques balises « Wildnis Trail ». Mais je m’en tire grâce au guide.
Il se met à pleuvoir et j’ai froid. Au loin, j’aperçois une petite ville. Un café bien chaud serait salvateur. Mais la loi de la route me contrarie. Le sentier ne va pas jusque-là. Il ne traverse même pas la rivière. Je continue en tournant le dos à cet hypothétique café. Au bout d’une nouvelle grimpette qui me réchauffe un peu, me voilà au-dessus de l’Urftstaumauer, le barrage sur l’Urft.

Je transpire, donc j’enlève une couche. J’en profite pour sortir mon réchaud et préparer ce fameux café. Quand je repars, il ne pleut plus, mais le ciel reste gris…
Je dépasse un couple de marcheurs qui se promènent main dans la main. C’est vrai que ce passage-ci a ce petit je ne sais quoi de romantique.
La première véritable descente emprunte un magnifique sentier, étroit et sauvage… et glissant à cause de la pluie du matin. Bientôt, on monte à nouveau. Jusqu’au village abandonné de Wollseifen.
Wollseifen et Vogelsang

Je m’arrête à nouveau. Dans l’ancienne école de Wollseifen, une exposition permanente raconte la vie du village avant son abandon. Il reste aussi l’église et, un peu plus loin, d’anciens bâtiments militaires aux portes et fenêtres murées.
Ensuite, le tracé devient technique. Rien d’insurmontable, mais les débutants devront être attentifs. Puis, au détour du sentier, c’est le choc. Je débouche sur l’impressionnant complexe de Vogelsang, un ancien centre de formation des cadres du parti nazi. Il abrite un musée de la Croix-Rouge allemande. Je me promets de revenir le visiter un jour.

D’ici, il ne reste presque que de la descente vers Gemünd. Il faudra pourtant remonter pour rejoindre Wolfgarten et le B&B où je passe la nuit. J’arrive à destination après neuf bonnes heures de marche. Une étape sportive et surprenante. Mes yeux et mes mollets s’en souviennent.
Wolfgarten — Zerkall
Parti de bon matin, j’ai rejoint Heimbach. Une bonne mise en jambe dès potron-minet, mais la route est magnifique. Cette paix se gagne au prix d’un peu d’effort.
Aujourd’hui, pas de place à l’improvisation. Il me reste 27 km et je dois impérativement arriver à Zerkall avant 15 h 45. Le dernier train pour Heimbach part à 15 h 51.

Après un long passage en pente douce sur un chemin de bûcherons, la voiture d’un garde forestier me dépasse. Commence alors la descente vers Schmidt.

Ce tronçon est monotone. Il est près de 14 h et je ne sais toujours pas combien de kilomètres il me reste. Pressé par le temps, j’ai l’impression que cette fin de parcours n’en finit pas de se terminer.
Enfin, une borne annonce Zerkall à deux kilomètres. Je respire. Deux cents mètres plus loin, un autre panneau en annonce trois. Déstabilisant et frustrant !
Je longe une prairie où paissent des moutons et… la gare est là, devant le totem à tête de lynx qui marque la fin du Wildnis Trail. Encore deux cents mètres et j’arrive sur le quai… à 14 h 35. Je suis largement dans les temps pour prendre l’avant-dernier train pour Heimbach.
Retour à Höfen
Le retour à la civilisation s’opère entouré d’écoliers et d’employés qui rentrent chez eux.
De retour à Heimbach, en attendant la navette, j’ai même eu le temps de prendre un café et une part de gâteau.

Une fois de plus, le retour à la réalité est brutal. 45 minutes de bus pour trois jours de marche. Ce furent les minutes les plus longues de ces trois jours dans l’Eifel.
Après trois jours dans la nature, je retrouve ma voiture en un seul morceau. Avant de rentrer à Liège, je retourne quand même voir les premières balises du tracé.
Bientôt, je suis au volant, déjà sur l’autoroute du retour. Ce n’est qu’un au revoir à l’Eifel allemand.
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Article intéressant. Ca donne envie d’envisager l’aventure en mode trail.