Emma « Grandma » Gatewood dans les Appalaches

Emma Gatewood que l’on surnommait « Grandma Gatewood » est une pionnière du « hiking ». En 1955, elle se lance dans l’aventure de l’Appalachian Trail sur plus de 3.000 kilomètres. Elle est partie en totale autonomie, elle avait 67 ans. Et elle a réitéré l’exploit à deux reprises.

En un coup d’œil

Le nom d’Emma Gatewood ne figure pas dans les manuels d’histoire. Pourtant, tout randonneur devrait connaître sa légende. En 1955, alors qu’elle venait de fêter son soixante-septième anniversaire, elle s’est lancé dans l’aventure de l’Appalachian Trail. Avec ses 3 500 kilomètres, ce sentier démarre en Géorgie et se termine dans le Maine après avoir traversé 14 États américains avec un dénivelé positif d’environ 140 000 mètres, soit 16 fois le mont Everest ou 30 fois le mont Blanc*. Emma Gatewood recommencera son exploit en 1957 et en 1964, à 77 ans, accrochant trois fois la distance à son palmarès.

J’ai entendu parler de Grandma Gatewood au moment où je préparais mon sac pour partir sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2018. Je souhaitais voyager léger et madame Gatewood avait réalisé un exploit en n’emportant qu’un sac en toile ne contenant que très peu de matériel. Vivant de ce que la nature avait à lui offrir et de l’hospitalité de fermiers, bucherons et chasseurs.

* On écrit mont Blanc si l’on parle du sommet ou de la montagne et de Mont-Blanc quand on évoque le massif dans son entier. Exemple : « J’ai atteint le sommet du mont Blanc qui se situe dans le massif du Mont-Blanc« .

La jeunesse dans le dénuement

Emma « Grandma » Gatewood (Appalachian Trail Conservancy)

Emma Gatewood est née en 1887 dans une petite ferme de l’Ohio. Fille d’agriculteurs, elle apprend très jeune à se « débrouiller avec rien« . Comme beaucoup à l’époque, elle trouve à la ferme et dans la nature toutes les ressources dont elle a besoin pour vivre et se nourrir. Des compétences qui vont, très tôt, forger son caractère de fer et orienter sa philosophie de la marche vers un minimalisme des plus radical.

Tout au long de sa vie, Emma a été confrontée à des situations difficiles ; la grande crise de 1939, un mari particulièrement violent… Celle qui fut la mère de onze enfants a vecu une vie dure et pénible pendant des décennies. En lisant les articles écrits à son sujet, on peut dire qu’elle a  fait face à de nombreuses déconvenues. Pourtant, elle a toujours affronté ces vicissitudes la tête haute.

Toutes ces difficultés du quotidien, Emma va les oublier régulièrement. Elle va découvrir une une forme radicale de liberté qui ne lui coûte que l’effort pour d’un instant : la marche.

L’appalachian Trail 3 500 km de détermination

En 1955, alors âgée de 67 ans, Emma décide de se lancer un défi que peu osent relever. Ella va parcourir l’Appalachian Trail, un sentier de plus de 3 500 km qui traverse 14 États et qui serpente dans les montagnes reliant la Géorgie au Maine.

À cette époque, c’est un exploit que va réaliser cette femme d’un âge avancé. Elle se lance dans l’aventure sans équipement sophistiqué, seule, munie d’un simple sac à bandoulière et d’une bâche en plastique et d’un imperméable pour s’abriter. Quelques provisions et une paire de baskets usées complètent cet attirail. Son mantra : « si les hommes peuvent le faire, alors, moi aussi » !

If those men can do it. I can do it. – Grandma Gatewood

Minimalisme

Son équipement est minimaliste. Pas de sac à dos moderne, mais une simple pochette réalisée avec de la toile de tente qu’elle porte en bandoulière. À l’époque, la randonnée longue distance n’est pas très populaire. Nul ne s’attend à voir une sexagénaire s’aventurer seule sur un tracé aussi difficile. Emma se souvient de sa jeunesse à la ferme. Elle se sert de ses compétences pour parvenir à une certaine autosuffisance. Pour la volonté, le parcours n’est rien comparé aux épreuves que la vie avait semées sur son chemin.

Grandma Gatewood marchait entre 30 et 40 km par jour malgré le relief très exigeant. Il lui arrivait de s’abriter sous des arbres, de dormir à même le sol, dans des cabanes de trappeurs… Parfois, elle demandait l’hospitalité dans les fermes rencontrées sur le chemin. Comme elle n’avait emporté que peu de vivres, elle s’est nourrie de ce que la nature lui offrait ou de ce qu’elle recevait des fermiers ou chasseurs croisés en chemin.

Le matériel de Grandma Gatewood lors de son premier Appalachian Trail (c) Appalachian Trail MuseumSa première tentative sur l’Appalachian Trail a duré 146 jours. À son arrivée, Emma Gatewood devient la première femme à avoir parcouru le sentier d’une traite, en solo et en autonomie. Elle ne s’arrête pas là : fascinée par la liberté que lui procure cette marche, elle réitère l’exploit en 1957, puis une troisième fois en 1964, à l’âge de 77 ans. Au total, elle parcourt l’Appalachian Trail trois fois, devenant un symbole silencieux, mais puissant d’endurance, de minimalisme et d’autonomie.

Proche de la nature

Je voulais un modèle pour vivre l’expérience du pèlerinagee la plus simple possible. Et j’ai échoué. Emma Gatewood était bien plus qu’une simple randonneuse. Elle a montré qu’avec une excellente connaissance de son environnement, un matériel réduite et un exacerbé sens de la débrouillardise, une marcheuse déterminée pouvait tout surmonter.

Avec un équipement réduit à l’essentiel, une bonne connaissance de la nature et un mental à toute épreuve, elle a prouvé qu’il est possible d’accomplir des prouesses. Pour elle, la marche est un acte de réappropriation, un retour à l’essentiel, et une déclaration silencieuse de liberté.

Après ses aventures sur l’Appalachian Trail, elle continue à arpenter d’autres chemins, notamment l’Oregon Trail et le Vermont Long Trail. Elle s’implique également dans la promotion de la randonnée et de la conservation des sentiers. Elle inspire des générations de randonneurs, même si son nom reste peu connu en dehors des cercles d’initiés.

Héritage

Emma « Grandma » Gatewood meurt en 1973, laissant derrière elle un héritage immense. Son parcours rappelle aux passionnés de longue distance que l’autonomie ne dépend ni du matériel dernier cri, ni des appuis financiers, mais d’une résilience intérieure et d’une confiance absolue en ses propres capacités.

Pour qui pratique la randonnée minimaliste, Emma Gatewood n’est pas qu’un modèle : elle est une source d’inspiration. Elle montre que l’essentiel tient dans un petit sac, quelques gestes simples, et une détermination inébranlable à aller de l’avant, peu importe les obstacles.

Alain
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