Ombre d'un randonneur marchant sur un sentier de la Rota Vicentina, dans le sud du Portugal.

Mots de voyage : les mots changent parfois ma façon de voyager


Depuis que je parcours les chemins d’Europe et du monde, certains mots m’accompagnent des kilomètres durant. Impossible de les faire taire. Je les retourne dans tous les sens jusqu’à comprendre ce qu’ils tentent de raconter, bien au-delà de leur simple définition. Ils sont devenus mes mots de voyage.

Depuis que je pratique la randonnée itinérante, certains mots se collent à moi pendant des kilomètres. Je les retourne dans tous les sens jusqu’à comprendre ce qu’ils tentent de raconter, bien au-delà de leur simple définition. Ce sont devenus mes mots de voyage.

Les mots qui marchent avec moi

Les kilomètres parcourus à pied, seul avec soi-même, ont parfois une drôle de vertu. Ils laissent l’esprit vagabonder. Il arrive qu’un mot m’accompagne pendant des heures. Je le retourne dans tous les sens, je bouscule ses nuances, je m’interroge sur ce qu’il dit de l’endroit où je me trouve et de celles et ceux qui y vivent.

Sur la Rota Vicentina, au Portugal, j’ai aperçu une chenille orange qui grignotait une feuille d’un vert éclatant au bord du sentier. Ce contraste a attiré mon regard. Je me suis arrêté quelques instants pour l’observer. En voiture, je ne l’aurais tout simplement pas vue. Je venais de comprendre que la vitesse nous rend aveugles. J’ai repris mon chemin en ruminant ces pensées. Peu à peu, une idée s’est imposée à moi : la lenteur n’est pas une façon de se déplacer. C’est une façon de regarder.

Un randonneur gravit le Jaizkibel sur le Camino del Norte, au départ d'Irun, au Pays basque espagnol.
Le Jaizkibel (545 m) est l’une des premières difficultés du Camino del Norte après le départ d’Irun.

Quand les mots prennent le goût d’un pays

Chambouler les mots. Je ne me souviens pas exactement quand cette habitude est née. J’ai seulement l’impression qu’elle a toujours été là. Au fond, la marche est la vitesse naturelle de l’homme. Elle offre l’occasion de regarder, d’écouter… et de rencontrer. Je crois que c’est là que naissent mes mots de voyage.

À Rhodes, c’était le mot parakalo qui m’avait séduit. À mes yeux, ce mot est le symbole de la bienveillance du peuple grec. On peut toujours traduire un mot. Mais certains résistent. Ils portent une nuance, une façon de regarder le monde qu’aucun dictionnaire ne parvient à restituer.

Au Cap-Vert, j’ai compris le sens de la saudade, si bien chantée par Cesaria Évora. Des femmes qui n’avaient presque rien m’ont pourtant invité à partager leur repas. J’étais heureux d’être là, profondément ému par leur générosité et bouleversé par leur pauvreté. Ce mélange d’émotions portait enfin un nom.

Alain
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