Je suis allé à Bonn pour assister à la générale de Die Frau ohne Schatten, de Strauss. J’ai découvert une ville agréable et vivante. Loin de mes préjugés sur l’ancienne capitale de la RFA. Pour la visiter, j’ai suivi un guide du coin. Un certain Ludwig van Beethoven.
Ce n’est un secret pour personne, Ludwig van Beethoven est né à Bonn en 1770. Près de deux siècles plus tard, la ville fut choisie comme capitale provisoire de la République fédérale allemande. Un statut tenu pendant plus de 40 ans.
Pour moi, ex-capitale rimait avec bâtiments sévères, foule et embouteillages. Eh bien, on en est loin. Si le quartier de l’ONU semble très administratif, le reste de la ville est agréable et convivial.
J’avais trouvé une brochure consacrée à Beethoven et à sa maison natale. C’est là, dans la Bonngasse, que j’ai débuté ma visite. En suivant Beethoven, en fait. Et quand on suit quelqu’un, forcément, on voit son dos. D’où cette photo d’appel un peu… originale !
Tout part de la maison natale de Beethoven
En levant les yeux au numéro 20 de la Bonngasse, on peut apercevoir un panneau sur la façade d’une maison toute simple. Rien d’autre n’annonce que c’est là qu’est né l’un des artistes qui allaient influencer durablement la musique occidentale.

Ludwig van Beethoven est né là en décembre 1770. On ne connaît pas la date, on sait seulement qu’il a été baptisé le 17 décembre. Son père, Johann van Beethoven, est musicien à la cour de l’Électeur de Cologne. Beethoven restera très proche de sa mère, Maria Magdalena Keverich, jusqu’à sa mort en 1787. Elle avait tout juste quarante ans, Ludwig, 16.
De Bonngasse à l’orgue

Je gagne la Brüdergasse pour rejoindre St. Remigius. En 1770, c’était encore l’église des Frères mineurs.
Ludwig avait tout juste douze ans et il y jouait déjà de l’orgue lors de la messe matinale. Johann avait décelé très tôt le talent de son fils. Il savait tout l’argent que pouvait rapporter un enfant prodige depuis que le petit Mozart avait fait courir l’Europe.
J’imagine ce gamin qui court dans les rues pour aller s’asseoir devant l’instrument trop grand pour lui.
Beethoven n’a pas été baptisé ici. À l’époque, l’église St. Remigius se trouvait ailleurs. Elle a été démolie en 1806 après avoir été touchée par la foudre. C’est alors que l’église des Frères mineurs fut renommée pour devenir le cœur de la paroisse St. Remigius que l’on connaît aujourd’hui.
Les fonts baptismaux ont survécu. Ils ont été transférés dans l’église de la Brüdergasse où ils sont toujours.
L’imagination au service de l’histoire
À quelques pas de là, une borne symbolise l’ancien Wirtshaus Zehrgarten. Son texte m’apprend que le Zehrgarten était tenu par la veuve Koch et sa fille Babette. On y croisait des étudiants, des professeurs, des intellectuels. La Révolution française venait d’éclater et on y discutait de littérature, de politique.
J’aime ces endroits disparus. Une statue, un bâtiment vous dictent ce qu’il faut regarder. Un endroit vide demande un travail d’imagination ou la rencontre d’un habitant pour raconter l’histoire qui se cache sous les pavés.
On a déambulé dans les mêmes rues
Je poursuis vers l’université. Le château, qui abrite, entre autres, les facultés de Philosophie et de Théologie, était la résidence du prince-électeur de Cologne. La cour faisait travailler des dizaines de musiciens. À quatorze ans, Beethoven devient organiste adjoint de la cour. Il joue dans la chapelle du château et accompagne les représentations du théâtre.

À quatorze ans, il avait un employeur, des horaires et un salaire.
Je redescends vers le Rhin et je découvre que Beethoven aimait marcher. Beaucoup ! D’ailleurs, ne suis-je pas en train de flâner dans son ombre ?
Pour Ludwig, le Rhin n’est pas qu’un décor. L’adolescent le traversait en barque pour aller se promener sur les collines de l’autre rive. Des années plus tard, de Vienne, il écrira à son ami Franz Gerhard Wegeler combien Bonn et ses paysages demeurent présents devant ses yeux.
Professeur de piano… et peut-être un peu plus
Je remonte vers le centre pour rejoindre la Münsterplatz. Beethoven donnait presque quotidiennement des leçons de piano aux enfants de la famille von Breuning.
L’immeuble n’existe plus. Mais c’est là que le jeune Ludwig découvre un univers peuplé de personnes cultivées et une ambiance plus paisible que celle de son propre foyer. Il apprend autant qu’il enseigne la musique.
Avec Eleonore von Breuning, sensiblement du même âge que lui, Ludwig tissera des liens qui semblent avoir dépassé la simple « amitié de jeunesse ». La jeune fille finira par épouser Franz Gerhard Wegeler, l’ami de Beethoven.
Finir par où tout a commencé, près de sa maman
Non loin de là, impossible de manquer Beethoven. En bronze cette fois. Je prends une photo pour montrer sa position dominante sur la Münsterplatz.
Mais ma marche n’est pas terminée. Je pars vers le nord. Me voici devant les grilles de l’Alter Friedhof, l’ancien cimetière de la ville où je me recueille quelques minutes sur la tombe de la maman de Beethoven.

Depuis la Bonngasse, je n’ai finalement parcouru que quelques kilomètres. Pourtant, entre la petite maison où il naît et la tombe de sa mère, presque tout le Beethoven de Bonn est là : l’enfant poussé devant un clavier, le jeune organiste, le musicien salarié de la cour, le jeune homme qui découvre d’autres horizons et le marcheur qui regarde le Rhin et les collines.
En 1792, Ludwig van Beethoven quitte Bonn. Vienne fera de lui « Beethoven », tout simplement.
Mais c’est bien à pied, dans les rues de Bonn, qu’on comprend d’où il venait et comment Ludwig van est devenu Beethoven.
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