Il y a des rencontres qui ne se décident pas. J’ai croisé Max dans un backpackers. Quelques mots… Au petit déjeuner, on s’est assis l’un à côté de l’autre, sans préméditation. Puis on a marché ensemble vers le centre-ville et on ne s’est pas quittés de la journée.
Max est un jeune Allemand. On s’est rencontrés un soir, par hasard, dans un backpackers de Lisbonne en 2019. Juste après la Rota Vicentina. Il a commandé du cidre au bar. Il ne voulait pas boire seul. Fait très rare, j’ai commandé du cidre aussi, pour goûter.
On s’est installés sur la terrasse. Quelques mots, beaucoup de silences. Puis la conversation a démarré. Comme je lui donnais un peu plus que son âge, genre 23-24 ans, Max a rigolé. Il a rectifié : il n’en avait que 20… et il avait déjà pas mal bourlingué.
L’Australie comme point de départ
Le jeune Allemand avait la tignasse en bataille. Ce n’est pas qu’une image, on avait vraiment l’impression que ses cheveux se livraient une vraie petite guéguerre sur sa tête.

Il m’a raconté un bout de son périple. À la fin de ses études secondaires, Max a préféré voyager un peu avant de se consacrer pleinement à l’université. C’est en Australie qu’il a commencé son voyage, tout simplement parce que c’était un rêve. Il a d’abord visité et fait la fête. Puis, il s’est trouvé un job. Quand il a eu assez d’argent, il a quitté le continent des kangourous pour poursuivre son voyage.
« Quand je suis arrivé là-bas, j’ai d’abord voyagé. Je me suis bien amusé. Puis j’ai trouvé un boulot dans une ferme du Queensland. J’étais nourri et logé. J’avais les soirées et les week-ends libres. Et en plus j’étais payé 27 dollars de l’heure pour passer mon temps au volant d’un tracteur qui se conduisait tout seul. Les lignes étaient tellement longues… C’était piloté par GPS, je n’avais qu’à faire demi-tour au bout de la ligne. C’était tellement monotone que je pouvais préparer mon tour d’Europe en Interrail tout en conduisant. Au bout de trois mois, j’avais assez d’argent pour me payer un abonnement Interrail de deux mois et une réserve de 50 euros par jour pendant tout le voyage. Alors je suis rentré. Depuis juillet, je vais où j’ai envie d’aller. »
Cap sur les Balkans
Max a visité de nombreux pays. Il est resté longtemps dans les Balkans. Bosnie, Croatie, Slovénie… « En Slovénie, je pouvais dormir et faire la fête pour bien moins de 50 euros par jour. J’ai beaucoup aimé. » En discutant, il m’a raconté les régions qu’il avait traversées, mais ses meilleurs souvenirs restaient ceux des Balkans.
Et puis on est allé dormir. Max avait un lit dans la même chambre que moi. Je suis allé prendre une douche. Quand je suis revenu, il dormait déjà.
Dernier jour à Lisbonne
Le lendemain, au petit-déjeuner, un seul siège libre. À côté de Max. Sur la table, une pub pour une visite guidée gratuite. On a choisi de la faire… et on est resté ensemble toute la journée, mais ça, c’est une autre histoire.
Plus la journée avançait, plus la confiance s’installait. Max voulait goûter le Vinho Verde avant de partir. On a acheté une bouteille. C’est en buvant ce vin frais et vif, assis sur un muret, face au Tage, qu’il m’a raconté l’histoire de sa famille.

Les racines de Max
Max m’a confié que son grand-père avait quitté l’Allemagne pour la Russie pendant la Première Guerre mondiale. Il m’a raconté qu’à la chute du mur de Berlin, ses parents avaient profité de la possibilité offerte à des familles d’origine allemande de revenir s’installer en Allemagne.
Max est donc né en Allemagne. Une nationalité qu’il embrasse sans conditions, même s’il partage avec ses parents une part de ses racines russes. « À la maison, avec mes parents, on parle russe. En dehors, c’est toujours l’allemand, même entre nous. » Son petit côté international m’a plu. Sa démarche australienne aussi.
Une petite pointe de jalousie, peut-être. Si j’avais été moins couard ! J’avais l’occasion de faire la même chose que Max quand, moi, j’avais 20 ans. Et je ne l’ai pas saisie. À cette époque-là, je n’avais pas l’envie, le courage ou les moyens d’aller plus loin que l’Europe.
Adieux
En quittant le Portugal, c’est vers la Croatie ou la Slovénie qu’il avait prévu d’épuiser les derniers jours de son tour d’Europe en Interrail avant de rentrer en Allemagne.
Nous avons embarqué dans le même train. On a repéré son compartiment dans un des wagons de queue. Il partageait sa banquette avec d’autres voyageurs. J’avais réservé une couchette. Une cabine individuelle avec deux lits. J’ai proposé de l’héberger pour que le trajet vers Madrid lui paraisse plus confortable, mais le chef de convoi n’a pas donné son accord.

C’est donc sur le quai qu’on s’est quittés, sans échanger nos coordonnées. On a choisi de faire confiance au destin qui décidera si on doit se revoir… ou non.
So Max, I promised you that one day I would write about our crazy last day in Lisbon and publish it. Done! So long pal. Hope I’ll see ya again, one day.
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