Je ne sais pas pour toi, mais moi, certains livres me poussent à partir. Dès la dernière page lue, je n’ai qu’une envie : prendre mon sac à dos. Me barrer sur les routes, à l’aventure, pour voir si les paysages existent. C’est comme ça que Rufin m’a jeté sur le Camino del Norte…
Mon goût du voyage vient de mes lectures de jeunesse, c’est certain. Enfant, il y eut Tom Sawyer et Huck Finn. Mais là, pas de départ possible : j’étais trop jeune. Puis Servettaz, le Premier de cordée de Frison-Roche. À cause de lui, j’ai dormi à la belle étoile, dans les bois entre Chamonix et le tunnel du Mont-Blanc.
Une fois le récit ancré dans ma tête, il me tarde de marcher dans les pas de ces personnages de papier. Parfois, il n’y a que quelques jours entre la dernière page et mon départ.
Tom Sawyer — Mark Twain

Quand on a 9 ou 10 ans, comment ne pas succomber au charme des Aventures de Tom Sawyer et de son ami Huckleberry Finn ? Comment ne pas rêver de grands espaces ? Moi, je suis tellement tombé sous le charme que je relis encore ces deux volumes aujourd’hui. Samuel Clemens, alias Mark Twain, avait vraiment su parler à mon cœur.
À cet âge-là, impossible de partir sur les traces de Tom et Huck. Mais le Mississippi, ses chemins et la liberté des deux gamins sont restés dans ma mémoire. Comme eux, j’ai essayé de transformer des moments ordinaires en aventures. Comme aller lire Jules Verne sur une souche, dans la neige du jardin en hiver.
Premier de cordée — Frison-Roche

Lecture imposée que ce Premier de cordée de Frison-Roche. J’ai mangé ce livre en deux jours. Puis j’ai adoré travailler sur le sujet en classe pendant tout un trimestre. Je ne suis pas parti tout de suite non plus. J’ai dû attendre 1987 et mon fameux Paris-Istanbul pour y aller. Quand j’ai su qu’on passerait par le tunnel du Mont-Blanc pour aller en Italie, j’ai demandé au chauffeur de me déposer près de Chamonix. Sur un coup de tête, sans aucun plan.
J’ai parcouru la ville, n’y ai trouvé aucun intérêt et je suis reparti. Mais mon lift ne m’avait pas attendu. Sans moyen de transport, j’ai dû passer la nuit à la belle étoile, dans les bois. Entre Chamonix et l’entrée du tunnel. Une nuit humide et un peu froide, mais je n’ai aucun regret. J’ai vécu quelques heures comme Pierre Servettaz, à pied dans sa montagne.
L’Auberge de la Jamaïque — Daphne du Maurier

Encore un exercice imposé à l’école, en travaux pratiques d’anglais, cette fois. J’ai dévoré Jamaica Inn — L’Auberge de la Jamaïque en moins d’une semaine. Dans le texte ! Plus encore que l’intrigue, les Cornouailles m’avaient attiré. Les descriptions de Daphne du Maurier, qui racontent l’isolement et le déchaînement des éléments le long de ces côtes déchirées par la mer, m’avaient fortement impressionné. C’est de cette violence de la nature que je voulais vibrer.
Alors, j’ai pris mon sac à dos, un billet pour Douvres et je suis passé dire bonjour à ma copine Joy, à la station-service de ses parents à Portsmouth. Un arrêt pipi avant l’aventure. Puis j’ai continué vers les Cornouailles. J’ai parcouru les décors où Daphne du Maurier avait situé son roman. J’ai même bu une pint dans la vraie Jamaica Inn. J’avais oublié une bonne partie de l’intrigue et j’ai relu le livre sur place. La magie a de nouveau opéré, rendue plus forte par la proximité.
Des cornflakes dans le porridge — Bill Bryson

Journaliste, voyageur, auteur, on ne sait jamais vraiment quelle casquette attribuer à Bill Bryson. Dans Des cornflakes dans le porridge, il parcourt la Grande-Bretagne une dernière fois avant de repartir vivre aux États-Unis.
J’avais fait comme lui la première fois que j’ai traversé la Manche. Je m’étais arrêté à Douvres, mais pour prendre le train vers Londres. Alors, avant même la fin du roman, j’ai refait la même chose. Calais en stop, parce qu’on ne va plus à Douvres depuis Oostende. Et me voilà en terres anglaises. Ce livre ne m’a pas seulement donné envie de retourner sur les routes britanniques. Il m’a aussi appris à observer ce qui m’entoure autrement. Surtout quand je voyage. Les gens, les petites habitudes, les détails qui semblent insignifiants, mais qui prennent toute leur importance quand on les regarde d’un autre œil. C’est ce genre de récit que je veux transmettre à mon tour. Mais à ma manière, plus personnelle et, sans doute, un peu plus bienveillante.
Immortelle randonnée — Jean-Christophe Rufin
Avec Jean-Christophe Rufin, je n’ai même pas cherché à résister. Dans Immortelle randonnée, il raconte son chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle en suivant le Camino del Norte, le long de la côte espagnole. J’ai refermé le livre avec une seule idée en tête : mettre mes chaussures, prendre mon sac et aller voir ce chemin à mon tour.
En trois mois, j’étais prêt. Le plus drôle, c’est qu’aucune des motivations de Rufin ne m’a touché. Moi, je voulais juste aller marcher. Par contre, on a rencontré le moine dont il parle dans son livre au monastère de Zenarruza. C’est le père Gregorio qui pose ici avec Maria et Bille, puis avec Luella et Doreen. Je venais de me faire mal à la cheville et tout ce petit groupe est resté au monastère pendant deux nuits.
Mma Ramotswe — Alexander McCall Smith

La truculente Mma Precious Ramotswe fait aussi partie de ces héros de papier qui mettent des fourmis dans mes chaussures de marche. Cette détective privée, qui officie au Botswana, est tout simplement adorable. Elle vit dans la plus grande simplicité et respecte autant les hommes que les animaux et les objets du quotidien. À tel point que c’est un déchirement pour elle de penser à remplacer la vieille camionnette brinquebalante qui la véhicule depuis tant d’années.
Comment ne pas s’attacher à cette personnalité ? Et si Alexander McCall Smith a su si bien la décrire, c’est que les Botswanais sont un peu à son image. Rien que ça et ses descriptions du pays me donnent envie d’aller visiter le Botswana. Et puis, il y a eu les émissions de Nicolas Hulot, quand il n’avait pas le melon… Le Botswana est sur ma liste de destinations depuis longtemps.
Malheureusement, c’est un voyage que je n’ai pas encore effectué. J’avais envisagé d’aller voir mon ami Kijogo Siraje Bwabie en Ouganda et de poursuivre mon périple jusqu’à Gaborone. Mais Kijogo a trouvé la mort dans un accident le 2 juillet 2021… Projet avorté.
Les livres m’invitent à partir. Parfois tout de suite, parfois en remettant le voyage à plus tard. Mais quand la vie nous rattrape, cela peut devenir un déchirement. Depuis la mort de Kijogo, j’ai relu tous les Mma Ramotswe… et l’envie de partir là-bas s’est atténuée.
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