En 1987, le groupe australien INXS choisit Prague pour tourner le clip de Never Tear Us Apart. J’aime cette mélodie empreinte de mélancolie. J’ai enfilé mes godasses pour suivre le clip entre la Vltava, le pont Charles, le château, la Vieille-Ville et l’étrange cimetière juif.
En 1987, Prague n’était pas encore la capitale touristique d’aujourd’hui. Le pays s’appelait encore Tchécoslovaquie et il vivait sous un régime communiste. Les visiteurs occidentaux n’étaient pas légion. C’est pourtant là que six musiciens australiens débarquent pour tourner un clip devenu cultissime.

La chanson s’appelle Never Tear Us Apart. Le groupe INXS est alors au sommet de sa popularité. Michael Hutchence fait vibrer le texte comme si sa voix devait survivre à la chanson. Il ne laisse pas grand monde indifférent.
Mais dans cette vidéo, la vedette, c’est Prague. Une ville qui, près de quarante ans plus tard, a su préserver le caractère des décors du tournage. Voici l’itinéraire qui permet de suivre la chronologie du clip vidéo.
Prague, comme figée dans le temps
C’est Richard Lowenstein, réalisateur australien et collaborateur régulier d’INXS, qui a choisi Prague. Il avait déjà visité la ville en 1984. Et, comme moi, il était tombé amoureux de ses rues aux allures de musée à ciel ouvert.
À l’époque, peu de touristes, pas de boutiques de souvenirs à chaque coin de rue. Les façades étaient grises, les bâtiments faisaient leur âge. Mais la ville possédait un patrimoine architectural exceptionnel, capable de transporter le spectateur un siècle en arrière. Même Hitler, sensible à la beauté de la capitale tchèque, aurait donné des consignes pour préserver la ville des bombardements.

Tourner à Prague était la condition posée par Lowenstein pour réaliser le clip. Le groupe accepta. Mais en 1987, le rideau de fer divisait encore l’Europe. Faire venir une équipe et son matériel de l’Ouest n’était pas une mince affaire. Une immense grue et une caméra stabilisée durent même être acheminées depuis Munich. Un fameux déménagement pour quatre minutes de film !
Sur l’île des Tireurs, au milieu de la Vltava
J’aime particulièrement le passage où Michael Hutchence chante sur les rives de Střelecký Ostrov. Il est entouré d’un groupe de musiciens à cordes. C’est une nouvelle touche romantique qui illustre le thème de la chanson. Tout est dans le détail. Plus je regarde le clip, plus je découvre de petits détails qui m’avaient échappé à l’époque où je le regardais sur MTV.
L’île se trouve entre la Vieille-Ville et Malá Strana. Son nom rappelle les exercices et concours de tir qui s’y déroulaient autrefois. Les arbres sont dépouillés, la lumière est froide et le fleuve semble envelopper la ville dans une brume d’automne.
Aujourd’hui, les Pragois aiment s’y promener. On accède à l’île depuis le pont des Légions. D’un côté, Národní divadlo, le Théâtre national et sa toiture dorée. De l’autre, les collines dominées par le château.
Depuis le tournage du clip, les constructions n’ont pas beaucoup changé. C’est une véritable immersion dans la vidéo d’INXS.
Le pont Charles et la Petite Venise
Impossible de tourner à Prague sans évoquer le pont Charles. Construit à partir de 1357 sous le règne de Charles IV, le Karlův most relie la Vieille-Ville au quartier de Malá Strana. Ses statues baroques, ses tours médiévales et sa chaussée pavée en font l’un des monuments les plus célèbres de la ville.

Comme toujours à Prague, quelques détours suffisent pour changer complètement de décor. Ainsi, au pied du pont, du côté de Kampa, coule la Čertovka, un petit canal qui sépare une partie du quartier de Malá Strana de l’île de Kampa. On surnomme parfois cet endroit la Petite Venise de Prague.

C’est là que les membres d’INXS apparaissent sous le pont. Les passages étroits, les vieilles façades et l’eau qui coule entre les maisons confèrent un charme presque médiéval à ce lieu. C’est dans ce quartier que Shakespeare and Sons, mon bouquiniste préféré, a élu domicile.
Le vieux cimetière juif, un décor inattendu
Kirk Pengilly, le saxophoniste du groupe, apparaît parmi les pierres tombales du vieux cimetière juif de Josefov. C’est probablement l’une des séquences les plus insolites.

Ce n’est pas une nécropole ordinaire. Pendant plusieurs siècles, la communauté juive y a enterré ses morts dans un espace devenu trop petit. Faute de pouvoir agrandir le terrain, les sépultures furent superposées. Il y a environ 12 000 pierres tombales qui s’élèvent dans un impressionnant chaos.
La séquence du saxophone prend ici une dimension particulière. La mélodie traverse un lieu consacré au souvenir des morts. Difficile d’imaginer décor plus approprié pour une chanson qui parle d’amour et de séparation.
Les escaliers du château
Le château de Prague domine la ville depuis la colline de Hradčany. Pourtant, on le distingue à peine dans le clip de Richard Lowenstein.

Dans le clip, les membres d’INXS empruntent les Zámecké schody, les escaliers historiques qui relient Malá Strana aux hauteurs du château.
Les toitures rouges de Malá Strana descendent vers la Vltava. Plus loin apparaissent les tours de la Vieille-Ville, les ponts et les coupoles des églises.
C’est aussi ce contraste qui rend le clip intéressant : les monuments ont traversé les siècles, tandis que la ville qui les entoure a profondément changé.
Retour sur la place de la Vieille-Ville
Le parcours nous ramène sur Staroměstské náměstí, la place de la Vieille-Ville.
C’est l’un des grands espaces historiques de Prague, entouré de maisons aux façades colorées, de palais et d’églises. Les deux tours gothiques de Notre-Dame du Týn dominent les toitures.
Le clip s’achève notamment sur l’horloge astronomique de l’ancien hôtel de ville, plus précisément sur son cadran calendaire.
L’Orloj, comme l’appellent les Tchèques, remonte au début du XVe siècle. Son mécanisme indique bien davantage que l’heure. Il représente aussi les mouvements du Soleil et de la Lune, tandis que son calendrier rappelle les mois et les saisons.

Aujourd’hui, les touristes s’y rassemblent pour assister au défilé des apôtres. En 1988, la place avait une tout autre atmosphère.
Quelques mois après le tournage, en novembre 1989, la révolution de Velours allait mettre fin au régime communiste tchécoslovaque. Prague entrait dans une nouvelle époque.
Quatre minutes de musique, deux heures de visite à Prague
Never Tear Us Apart reste l’un des grands succès intemporels d’INXS. Michael Hutchence, lui, est mort en 1997, à 37 ans. Mais sa voix continue d’accompagner mes pas dans cette Prague immortelle.

Du vieux cimetière juif à l’île des Tireurs, du pont Charles aux escaliers du château, les lieux du tournage dessinent une promenade logique à travers le centre historique.
Il suffit d’une bonne paire de chaussures, d’une belle version du clip sur son téléphone et d’un peu de curiosité.
Et je promets que c’est vrai ! Au détour d’une ruelle, j’ai cru entendre cette voix si particulière. Le fantôme sonore de Michael Hutchence en personne. Sans doute pour me rappeler que certaines chansons ne nous quittent jamais.
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