Faire le tour du monde, partir sans savoir quand on reviendra, flâner autour de la planète, c’est un voyage qui me fait rêver depuis longtemps. Eh bien, ce n’est plus forcément vrai. Aujourd’hui, tout le monde peut le faire. Ce n’est même plus forcément un rêve.
Il y a quelques jours, je suis entré dans une agence de voyages pour demander des informations sur un tour du monde. Je m’attendais un peu à une expression de surprise. Eh bien, pas du tout ! La voyagiste m’a regardé avec calme et m’a demandé quelles escales je voulais faire… Normal, banal… aucun rêve dans la voix.
Rien d’exceptionnel
Après m’avoir demandé quelles escales je voulais faire, elle a continué à me parler du côté pratique de la chose : « Quand voulez-vous partir, combien de temps et quel budget prévoyez-vous de consacrer à ce beau voyage ? »
Une question à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Et puis : « Beau voyage ! »

Dans ma très grande naïveté, je croyais qu’un voyage pareil avait quelque chose d’exceptionnel. Pour moi, toujours ancré dans mes lectures de jeunesse, il était réservé à deux groupes de gens. D’abord, une élite fortunée qui peut se permettre de faire autant d’escales qu’elle le souhaite… Ou alors, c’est ce fameux voyage initiatique destiné à une poignée de baroudeurs aux cheveux longs et à la barbe bouclée ou à leur équivalent féminin, sans barbe ce coup-ci.
Boum ! Patatras ! Je tombe de très haut… La voyagiste qui me demande combien de pays je veux voir et le nombre d’escales que je prévois m’a remis les deux pieds sur terre.
Ouvert à tous les budgets
Aujourd’hui, faire un tour du monde n’est plus forcément réservé à une élite fortunée ou à quelques baroudeurs. Les voyagistes proposent des itinéraires en cinq ou dix étapes, avec les vols, les hébergements et parfois même les excursions. Une nuit ici, deux jours sur le continent d’à côté, une escale au milieu du monde… On choisit sur catalogue. Il faut juste un passeport et quelques visas.

Moi qui avais une vision romantique — trop peut-être — d’un voyage peuplé de personnes rencontrées aux quatre coins de l’horizon (celui qui me dit que l’horizon est circulaire, je lui donne raison !). Je me voyais déjà perdu dans des méandres administratifs, au seuil de frontières infranchissables qui s’ouvrent au dernier moment sur un coup de bol monstrueux. J’imaginais les couchers de soleil sur les plus beaux paysages de notre planète…
Eh bien non. Mon rêve venait de se dissoudre dans ces deux questions banales et terriblement pratiques : combien de temps et pour quel budget ?
Mon rêve, cassé ?
Devant ce déballage d’infos prédigérées, j’ai rétorqué qu’au fond, c’était une mauvaise idée et je suis ressorti. Le pire, c’est que je ne lui en veux pas, à cette agente de voyage liégeoise au sourire commercial et aux cheveux coupés court et bien rangés. Non, elle a juste fait son job. Mais elle a cassé mon rêve.

Revoir ma copie ?
Je ne m’attendais pas à ce que des tour-opérateurs aient pensé à enfermer le monde et ses richesses dans une pauvre petite enveloppe. Quatre billets d’avion, trois réservations dans des hôtels fades et insipides, quelques excursions sans intérêt… Et hop, voilà le monde emballé dans un paquet tout propre. J’en suis malade.
Mais peut-être que ma décision d’entrer dans une agence de voyages n’était pas la bonne. Je voulais me renseigner, être un tant soit peu guidé et, sans doute, me rassurer. Car partir avec un sac à dos de dix kilos pour seul bagage, c’est se mettre en route vers l’inconnu.

Bien sûr que mes projets d’enfiler des godasses de marche pour parcourir les chemins de la Terre ne sont pas morts. Mais je relativise. Je dois revoir ma copie. Serais-je, moi aussi, devenu un consommateur de kilomètres ?
Je veux voir pour partager. Voyager pour découvrir, m’ouvrir aux autres. Je souhaite ne laisser aucune trace de mon passage : respect total pour les gens qui vivent là où je passe et pour leur environnement.
Donc, pour le tour du monde en passant par une agence de voyages, c’est définitivement NON !
