Ce matin, je suis assis à la table d’Einstein. C’est à cette place que le physicien aimait s’arrêter quand il était à Prague. Je suis au Café Louvre, sur Národní, autrefois fréquenté par l’élite intellectuelle à Prague. Kafka y avait aussi ses habitudes…
Lors de ma redécouverte de Prague, en 2021, les trois premiers jours ont été moroses. La pluie est tombée en abondance. J’ai donc cherché un endroit convivial où prendre mon petit déjeuner à proximité du « Backpacker Hotel » où j’avais posé mon sac.

Sur les conseils de mon voisin de chambre, je décide de découvrir le Café Louvre. L’endroit est célèbre pour avoir été fréquenté par d’illustres convives comme Franz Kafka, Albert Einstein et Karel Čapek, l’inventeur du mot robot.
Le Café Louvre
Par un de ces matins pluvieux, je n’ai eu qu’à traverser Národní, avec ses trams et ses badauds. Même pas besoin d’un parapluie. La façade du Café Louvre est plutôt banale. Avec les voitures garées dans la rue, on peut passer devant sans même s’en rendre compte. Le hall est assez sombre. Il mène à un escalier de marbre qui me conduit au premier étage.
Là, derrière une porte vitrée à double battant, la magie opère. La salle est lumineuse, même si des boiseries patinées habillent les murs. Les lustres diffusent une lumière tamisée. Le personnel est vêtu de noir, hormis un grand tablier d’un blanc immaculé.

Cette table à laquelle je suis assis est semblable à toutes les autres. Pourtant, la serveuse qui m’a installé là affirme qu’il s’agit de la place à laquelle Albert Einstein aimait s’asseoir lorsqu’il habitait la capitale tchèque. Peu s’en souviennent, mais il a enseigné la physique théorique à l’université allemande de Prague.
J’ai eu vite fait de m’y sentir comme chez moi. Je suis revenu le lendemain, et les jours d’après. C’était mon petit rituel du matin. Peu à peu, je reconnaissais les habitués qui, comme moi, venaient y prendre leur petit déjeuner. En 2021, la carte proposait le česká snídaně ou breakfast tchèque à 159 couronnes, environ sept euros. Aujourd’hui, en 2026, c’est un peu moins de 10 euros. Tout augmente, ma bonne dame !
Un petit déjeuner à la saveur de mon enfance
Ouvert en 1902 par Adolf Pelc, le Café Louvre a fermé en 1948 avant de renaître en 1992. Les salles d’aujourd’hui sont lumineuses et agréables, surtout le matin. À midi, l’affluence des touristes rend le lieu moins convivial.
Pendant mon séjour, j’y ai pris mes habitudes. Arrivé vers 8 h 30, je commande le fameux breakfast tchèque. Un serveur, en grande tenue et tablier blanc, m’apporte un œuf à la coque, du jambon, du fromage, une petite salade et du pain gris. À peu de choses près, c’était le petit déjeuner que me servait ma grand-mère quand j’avais six ou sept ans.

Il y avait des années que je n’avais pas mangé d’œuf à la coque. Pourtant, les gestes familiers sont revenus naturellement. Le moment s’inscrit dans ma mémoire… un instant magique.
Malgré une clientèle qui semble parfois guindée, l’ambiance reste détendue. J’aime y « chiller », un livre à la main, dans l’ombre d’Einstein ou de Kafka. Au moment du coup de feu, je m’éclipse pour libérer la table.

Un cappuccino inoubliable
Avec le « česká snídaně », tu as le choix entre un café, un latte macchiato ou un cappuccino. J’ai commandé le cappuccino. Quelle jolie tasse. Un vrai café bien serré, une mousse de lait crémeuse formant un petit cœur, mais surtout la silhouette du « L » de Louvre dessinée à la poudre de cacao…

C’est peut-être l’influence de Prague, mais il s’agit sûrement de la plus belle tasse de café que j’aie eue devant moi de toute ma vie.
Le Café Louvre en pratique
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