Ah, comme je regrette mon vieux Walkman. Aujourd’hui, j’écoute de la musique sur mon téléphone ou un lecteur MP3. Mais j’ai la nostalgie des cassettes audio. Ces petits objets en plastique que l’on s’échangeait pour partager et découvrir la musique des autres.
Plus d’une fois, j’ai voyagé sur un simple coup de tête, avec peu ou pas d’argent du tout. J’ai parcouru l’Europe en levant le pouce, porté par le hasard des rencontres. Je me suis retrouvé en France, en Turquie, en Finlande ou en Pologne…
J’ai commencé juste après mon dix-septième anniversaire — je suis né en juin, les vacances scolaires étaient vite là. Souvent, les chauffeurs de poids lourds étaient heureux de s’encombrer d’un passager pour rendre les trajets moins monotones.

Dans les cabines, je n’avais pas mon mot à dire. On écoutait du rock, de la variété et des tas de trucs improbables…
La musique du chauffeur, évidemment.
C’est là que j’ai appris le sens du mot « éclectique ».
Mon bon vieux Walkman
Et toujours, mon fidèle baladeur, quelques piles et mes écouteurs étaient du voyage.
Je me souviens avec beaucoup de nostalgie de ce vieux Walkman Sony et des deux ou trois cassettes de 90 minutes — 45 minutes par face — que je trimballais partout avec moi.

C’était l’horreur quand on n’avait plus de piles ou que la bande s’enroulait dans le mécanisme. À l’époque, pas de lecteur MP3 avec 2 000 chansons dans 50 grammes de technologie. On voyageait avec les mêmes rengaines que l’on écoutait en boucle.
La FM, géniale pour la marche, horrible en bus
Mon appareil intégrait aussi une radio FM. Le gros avantage, c’est qu’en mode radio, le baladeur « bouffait » beaucoup moins de piles. C’était pratique pour varier les styles ou écouter les nouvelles pendant une longue marche entre deux villes ou vers un endroit propice à l’autostop.
Mais en train ou en bus, cela devenait vite frustrant. À peine avais-je trouvé une station FM sympa que déjà le signal faiblissait, puis disparaissait totalement. À cette époque, la FM, c’était surtout pour écouter la radio en stéréo à la maison. Pas dans la voiture. Alors, il fallait recommencer à chercher une station ou laisser tomber.
Le règne de la cassette audio

Alors, on revenait à la bonne vieille cassette. En bus ou en train, quand on reste quatre ou cinq heures avec les mêmes personnes, on finit par créer des liens. Moi, j’aimais bien parler avec des filles de mon âge ou un peu plus âgées. Je les trouvais plus intéressantes et, surtout, la musique était souvent un bon sujet de conversation. Elles aussi voyageaient avec leur Walkman et leurs cassettes.
Il m’est souvent arrivé d’échanger, le temps d’une étape, une de mes cassettes avec une voisine de siège. Grâce à moi, Philippe Lavil est très connu à Poznań, en Pologne, à Turku et même à l’université d’Oulu, en Finlande. Si, si, c’est vrai !
Mais l’échange fonctionnait dans les deux sens. J’ai ainsi découvert des groupes et des artistes dont j’ignorais totalement l’existence. Noir Désir, par exemple, à ses débuts, en route vers Saint-Étienne. En Finlande, il y a eu Leevi and the Leavings et Eppu Normaali.
En Pologne, Agnieszka m’a fait écouter Maanam et Stanisław Soyka dans le train qui nous menait à Cracovie. Son frère Nikolaï, lui, m’a initié à Behemoth… Il y en a eu bien d’autres, moins marquants, dont j’ai évidemment oublié les noms.
Et puis un chauffeur de poids lourd m’a offert une cassette de Paula Abdul alors que nous traversions la Yougoslavie et la Grèce en direction d’Istanbul.
J’ai continué à suivre certains de ces artistes bien après mes voyages. Aujourd’hui encore, il m’arrive de les écouter… sur mes vieilles cassettes audio. Mais mon plus grand regret, c’est de ne plus pouvoir échanger les cassettes entre amis, pour découvrir ou faire découvrir de nouveaux artistes.
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