Une cassette audio posée sur une carte d’Europe, symbole de mes souvenirs de voyage liés à la musique

La musique, la clé de mes souvenirs


La musique égaye la vie, mais certains airs sont plus malins que d’autres. Ils s’attachent à un lieu, à une rencontre et ne te quittent plus. Des années plus tard, quelques notes suffisent pour rallumer la flamme. Nostalgie, quand tu nous tiens !

Je ne sais pas pour toi, mais moi, il y a des chansons qui ont le pouvoir de me rappeler des souvenirs qui se sont estompés avec le temps. Il suffit que j’entende un de ces refrains pour réveiller des émotions, des visages ou des instants précieux.

Pendant des années, les titres de Philippe Lavil se sont attachés à des lieux, des rencontres, des paysages… Ce n’est pas étonnant : Lavil a été l’un de mes plus fidèles compagnons de route. Enfin, pas lui, ses mélodies et ses paroles.

Certains airs sont si intimement liés à ce que j’ai vécu qu’il suffit de quelques notes pour remonter le temps. Je revis ces moments-là avec une acuité impressionnante. Les lieux, les visages, les sensations reviennent. Vraiment, la musique est la clé de mes souvenirs.

Un moment associé à jamais à « La Chica de Cuba »

Il y a cette nuit où je suis déposé sur la nationale, en Ardèche. C’est un mauvais concours de circonstances : des travaux et la difficulté à trouver un nouveau lift. Je quitte le véhicule à la sortie de Joyeuse vers 23 h 30. Heureusement, il fait bon. Devant moi : sept kilomètres à pied pour rejoindre le Gras, un petit hameau où je suis attendu par des amis. Pas de GSM pour prévenir, pas de cabine publique et plus de bar ouvert pour téléphoner. Pas d’éclairage public non plus…

 

Une fois de plus, Philippe Lavil allège ma solitude. Il étouffe mes peurs aussi. Je suis seul, marchant dans la nuit noire, sur un accotement quasi inexistant. Une heure… La Chica de Cuba tourne au moment où j’aperçois enfin les lumières du petit hameau. Trois maisons. Une fenêtre allumée ! Mes amis m’attendent, toujours debout à près d’une heure du matin.

La musique, clé de mes souvenirs

Lorsque je suis allé rendre visite à ma pote Agnieska en 1991, on a passé une journée chez ses parents à Szczecinek. Son frère, Nikolaï, m’a initié à Behemoth, un groupe de death metal que j’écoute encore à l’occasion. En quittant la famille de mon amie, je suis monté à Kołobrzeg. J’ai fait un pique-nique sur la plage. Des cygnes sont venus me voir, attirés par la nourriture. Dans ma mémoire, ils sont à jamais associés à ce groupe de rock.

Trois cygnes sur la mer Baltique à Kołobrzeg, en Pologne
Mes amis les cygnes avec lesquels j’ai « partagé » un pique-nique sur la Baltique, au large de Kołobrzeg.

Plus tard, on est allé de Poznań à Kraków avec la même amie. On a échangé des cassettes audio. Dans mon Walkman, Boję się de Maanam. Aujourd’hui, cette chanson évoque immédiatement ce trajet-là. Et Stanisław Soyka, la fin du voyage vers Zakopane. Il y a aussi Ace of Base, qui passait en continu lors de ma visite à Poznań Targi, ou encore Une balade en bateau de Lavil, associée à Karolyna, l’amie de Bydgoszcz.

En ce qui concerne la Pologne, la musique me fait vraiment voyager parmi des souvenirs chers à mon cœur. Et je remercie tous ces artistes d’éveiller en moi de si beaux souvenirs.

Même les airs ringards me font vibrer

En allant vers les Alpes, j’ai voyagé avec un routier autrichien. Il écoutait la musique traditionnelle de sa région. Du miel dans ses oreilles, pour moi, au bout d’une heure, c’est devenu une vraie torture.

Route à travers les Alpes dans le massif du Mont-Blanc
En plein massif du Mont-Blanc, la musique du chauffeur m’a rendu fou….

Pourtant, je passais pour la première fois dans ces décors de montagne qui avaient été évoqués dans Premier de Cordée. Ici, le souvenir est double. Je me revois dans les décors somptueux des abords du Mont Blanc et j’ai une impétueuse envie de relire le roman de Frison-Roche.

La Finlande comme destination de rêve

Au Cercle Polaire actique en 1987 (c) Alain DemaretEn Finlande aussi, les découvertes musicales sont légion. Commençons par Leevi and the Leavings. J’ai rencontré Päivi et Mariikka dans un train entre Ostende et Bruxelles. Ce sont elles qui m’ont donné cette maudite cassette ! Je l’écoutais en boucle avec pour seule idée d’aller rendre visite à mes amies à Turku. C’est comme ça que j’ai finalement rendu visite au Père Noël à Rovaniemi.

Par la suite, j’ai été accueilli dans la famille de Kirsi et Katriina, à Vääksy. Là, on écoutait Eppu Normaali.

La musique et le voyage, le voyage et la musique… Je ne sais pas trop dans quel sens placer les protagonistes de ce couple improbable.

En tout cas, pour moi, les deux sont indissociables de belles rencontres, de jolis paysages et de personnes qui ont malheureusement disparu de ma vie. Parce qu’on n’a plus de contacts ou pour des raisons plus radicales…

Alain Demaret
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