Stary Rynek, la vieille place du marché de Poznań, en Pologne

J’ai appris le polonais parce qu’il fallait bien manger


Je n’ai jamais vraiment appris le polonais. Enfin, pas comme on apprend une langue à l’école. Mais je me débrouille. J’avais 19 ou 20 ans et j’étais en Pologne. Il fallait bien acheter à manger, alors je me suis lancé, parfois sans filet.

À Poznań, dans les magasins où je me rendais, personne ne parlait vraiment français ou anglais. Alors, je me suis mis au polonais… en Pologne. Par nécessité. En écoutant les gens et en essayant de reproduire ce que j’entendais.

Je n’ai jamais appris les déclinaisons par cœur. Je les utilise comme les Polonais. Ne me demandez pas pourquoi j’emploie ce cas plutôt qu’un autre : je sais simplement que c’est comme ça. Ça sonne juste. Enfin, la plupart du temps…

Stary Rynek, la vieille place du marché de Poznań, en Pologne
Le Stary Rynek de Poznań, une ville où j’ai appris le polonais… en Pologne et sans vraiment prendre de cours.

Aujourd’hui, quand je retourne en Pologne, deux ou trois jours suffisent pour retrouver mes marques. Les mots reviennent, les constructions aussi et, petit à petit, le polonais se remet en place.

Une épicière comme professeur de polonais

Je dormais dans une maison d’étudiants dans la rue Wawrzyniaka, où je partageais la chambre avec ma copine Agnieszka et deux autres étudiantes. Elles avaient l’habitude de faire leurs courses dans une petite épicerie, pas très loin de là. La propriétaire était une vieille Polonaise très… rustique, on va dire. Et surtout très taquine.

La première fois que je suis entré dans son magasin avec Agnieszka, elle nous a entendus parler français et a vite compris que je ne parlais pas polonais. Elle a dû se dire : je vais lui apprendre.

Chaque fois que je venais acheter quelque chose, je lui montrais ce que je voulais et elle m’en donnait le nom. Du pain ? Chleb. Du thé ? Herbata. Des oranges ? Pomarańcze. Du chou ? Kapusta. Et ainsi de suite.

Étal de fruits et légumes au marché Stary Kleparz à Cracovie, en Pologne
Du pain ? Chleb. Du thé ? Herbata. Des oranges ? Pomarańcze. Du chou ? Kapusta. C’est ainsi que j’ai appris mes premiers mots de polonais.

Seulement, la leçon ne s’arrêtait pas là. La fois suivante, je lui montrais à nouveau le pain.

Nie rozumiem.
Je ne comprends pas.
Je lui montrais le pain d’un peu plus près.
Nie rozumiem.

Elle comprenait très bien, évidemment. Mais tant que je n’avais pas retrouvé chleb, je n’avais pas mon pain. Au besoin, elle finissait par me souffler le mot, mais il fallait d’abord que je fasse un effort.

Au bout de quelques semaines, j’étais au point pour demander du pain, du lait, du sucre, du café, du chocolat et tout ce dont j’avais besoin. Cette dame a été mon premier professeur de polonais. Malheureusement, entre deux de mes séjours, son épicerie a été rachetée par une chaîne de la grande distribution. Je ne l’ai jamais revue et j’en suis bien triste.

Des cours pour apprendre la grammaire ? Pourquoi ?

J’ai aussi beaucoup écouté les Polonais parler entre eux. Je répétais des morceaux de phrase. Au début, Agnieszka et ses copines me corrigeaient beaucoup parce qu’il y a des déclinaisons en polonais. Il faudrait sans doute que je prenne quelques cours pour comprendre enfin toutes ces règles que j’utilise sans les connaître.

Il me reste pas mal de choses de mes 19 ou 20 ans. J’ai appris la langue là-bas, en l’entendant parler autour de moi.

Une confusion très malheureuse

J’ai une anecdote très amusante sur mon apprentissage du polonais et ses dérapages. Un soir, je passe sur Rynek Jeżycki, où il y a un marché durant la journée, encore aujourd’hui. Dans la rue, il y a un fast-food à la mode polonaise des années 90. Un menu unique : du poulet rôti avec une miche de pain et une boisson.

Très fier de mes progrès, je pense demander un demi-poulet grillé, pół kurczaka, mais il y a une insulte bien connue qui partage à peu près les mêmes sonorités. Et bien entendu, c’est ce mot-là qui est sorti de ma bouche.

Vendeuse offusquée, cris et demande d’excuses… Et moi, confus, je réponds en français. Le calme revient. Un client qui a tout entendu et qui parle anglais s’interpose. Il comprend ma confusion, mais reste étonné de l’excellent accent que j’utilise. J’explique comment j’apprends sa langue et il se met à rire.

Assiette de cuisine polonaise avec pommes de terre, salades et soupe
Aujourd’hui, je ne fais plus d’erreurs quand je commande à manger en Pologne.

Une brève explication à l’équipe de vendeuses et me voilà le héros rigolo de la soirée.

Des erreurs comme celle-là, j’en ai fait d’autres, mais jamais aussi catastrophiques. Elles ne m’ont jamais empêché de m’exprimer. L’essentiel est là : quand je suis en Pologne, les gens me comprennent. Ja mówię po polsku, ale nie za dobrze. Pas trop bien, peut-être. Mais suffisamment pour manger à ma faim.

Les sons du polonais sont toujours dans mon oreille. Ils sont toujours dans ma bouche.

Alain Demaret
Suivez-moi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.