Pourquoi je fais du vélo nu dans les rues de Brighton


La Brighton Naked Bike Ride rassemble des centaines de cyclistes. La particularité ? Ils traversent la ville à vélo, nus. J’y ai participé comme cycliste, mais aussi comme secouriste. Derrière cette balade déjantée se cachent des revendications très sérieuses.

Mes amis me prennent parfois pour un fou quand je raconte que je participe à la World Naked Bike Ride. Il faut dire que le concept peut surprendre : une quinzaine de kilomètres à vélo dans les rues d’une grande ville, plus ou moins nu.

Brighton Naked Bike Ride du 11 juin 2017 - Vélos dans un virage.

Je suis naturiste. La nudité n’est pas ce qui m’impressionne le plus dans cette manifestation. J’ai roulé à Londres et à Bruxelles, mais c’est à Brighton que j’aime retourner. J’y retrouve des amis, je rafraîchis mon anglais et j’y participe même comme secouriste au sein de l’équipe d’organisation.

Car une fois passé le côté spectaculaire associé à la nudité, cette balade a beaucoup plus à raconter.

À Brighton, la nudité attire d’abord les regards

Impossible de passer inaperçu lorsqu’un cortège de cyclistes nus traverse une ville. Et c’est précisément l’un des principes de la World Naked Bike Ride, partout où elle passe.

À Brighton, la balade rassemble chaque année plusieurs centaines de participants. Les éditions les plus populaires dépassent largement le millier de cyclistes. En 2016, nous étions près de 1 700 au départ. On vient défendre l’usage du vélo, l’environnement ou la sécurité routière. Beaucoup inscrivent leurs revendications directement sur leur corps.

L’un des slogans revient régulièrement : « Burn fat, not oil » — brûlez de la graisse, pas du pétrole. On voit aussi beaucoup de « And now, you see me? » — Et maintenant, tu me vois ?

Mon ami Duncan Blinkhorn, l’un des organisateurs de la Brighton Naked Bike Ride, résume simplement l’idée : utiliser davantage le vélo pour les petits déplacements permet de réduire notre dépendance à la voiture et aux énergies fossiles. En quinze minutes, plus de 1 500 vélos traversent la ville. Combien de temps en faudrait-il pour le même nombre de voitures ?

Dit comme ça, c’est évidemment beaucoup moins sulfureux qu’une balade de gens à poil.

Un cycliste nu devient soudain très visible

En ce qui me concerne, la revendication qui me paraît la plus intéressante est la sécurité routière.

À vélo, on se sent parfois transparent au milieu de la circulation. Certains participants à la Naked Bike Ride utilisent justement leur nudité pour retourner la situation. Sur leur dos ou leur poitrine apparaissent des messages comme « And now, you see me? » — Et maintenant, tu me vois ? — ou « Check your mirrors » — Regarde dans tes rétroviseurs.

Le message est simple. Un automobiliste ne remarque pas toujours un cycliste habillé. Par contre, il voit très bien celui qui pédale tout nu devant sa voiture.

La plaisanterie fait sourire, mais elle souligne aussi la vulnérabilité du cycliste. Sans carrosserie autour de soi, on n’a pas grand-chose pour se protéger.

Et nu, c’est encore plus vrai.

Rouler pour le plaisir de rouler

Au-delà des revendications, il reste quelque chose de beaucoup plus élémentaire : le plaisir de participer à un tel événement.

Je ne suis pas le plus fervent adepte de la petite reine. Pourtant, j’aime aller rouler à Brighton. Le littoral de cette station balnéaire s’y prête particulièrement bien. Le cortège emprunte une grande artère avant d’aller se perdre dans les petites rues. Le long du parcours, les gens regardent et sourient, certains prennent des photos. Mais le plus souvent, ce sont des encouragements et des salves d’applaudissements bien mérités.

Pendant quelques heures, les cyclistes nus prennent possession d’une partie de la ville. C’est précisément pour cette ambiance que j’aime revenir à Brighton. On revendique, bien sûr. Mais on roule aussi pour le simple plaisir de partager une balade assez inhabituelle avec des centaines d’autres cyclistes.

La nudité n’est finalement pas le sujet

C’est probablement ce qui étonne ceux qui se joignent au cortège pour la première fois. Il ne faut que quelques minutes pour ne plus se sentir nu.

Pour moi, un corps nu n’a rien de nécessairement provocateur ou sexuel. C’est précisément là que réside la beauté des Naked Bike Rides.

On croise des individus qui partagent les mêmes valeurs et une même philosophie. Dans le peloton, ça pédale, ça discute et ça plaisante. Parfois, on a froid. On s’arrête pour repartir aussitôt. Et on passe son temps à chercher ses amis dans la cohue. Bref, on fait à peu près tout ce que font des cyclistes lors d’une balade ordinaire.

À un petit détail vestimentaire près.

Pourquoi je retourne à Brighton

J’aurais pu me contenter de participer une fois, simplement pour pouvoir raconter que je l’avais fait. Mais Brighton, c’est vraiment autre chose.

J’y retrouve des amis de longue date et une de mes villes préférées, dans laquelle je prends toujours plaisir à revenir. Participer à l’organisation comme secouriste me permet aussi de vivre la manifestation autrement.

Bien sûr, rouler nu dans les rues reste suffisamment insolite pour fabriquer de nombreuses anecdotes. Mais ce n’est finalement pas ce que je retiens. Je garde surtout le souvenir d’une des dernières manifestations vraiment joyeuses et de tous ces beaux moments partagés.

Et puis, reconnaissons-le : traverser Brighton à vélo entièrement nu reste quand même une manière très efficace de rafraîchir son anglais.

Alain Demaret
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