Touristes devant le Sacré coeur (c)

Touriste ou voyageur , ce qui les divisent


Touriste ou voyageur ? Ils arpentent les mêmes routes, empruntent les mêmes avions. Ils traversent les mêmes frontières, dorment dans des rues voisines et regardent souvent dans la même direction… Pourtant, touristes et voyageurs ne partagent pas les mêmes valeurs.

Touristes ou voyageurs ? Le débat anime la grande fraternité des bourlingueurs, globe-trotteurs et routards depuis des lustres. Selon les puristes, la différence tient moins au fait de se déplacer qu’à la manière de voyager. « Et moi ? Au fond, que suis-je ? » J’aime voyager, rencontrer les habitants d’un lieu et écouter leurs histoires, goûter à toutes les cuisines du monde, voir des paysages époustouflants et comprendre la culture de tous ces hommes et de toutes ces femmes que je côtoie.

Le touriste veut tout voir…

Bizarrement, le touriste cherche ce qu’il connaît déjà. Il s’est renseigné et a lu tous les guides de voyage possibles avant même de partir. Il se réfère aux avis des autres, il survole les classements. Le touriste établit un itinéraire préparé, verrouillé par un planning, des horaires et des réservations. Il ne veut rien rater. Ce qui lui importe, c’est d’avoir vu les choses, pas de les avoir comprises.

Jeune voyageuse prenant une photo avec un appareil compact
Touriste ou voyageuse ? La frontière est parfois bien floue. Photo : Natalia Blauth

Il photographie les lieux emblématiques comme des trophées à montrer. Il parcourt une ville à la manière d’un catalogue : cela doit aller vite, être efficace et ne révéler que l’essentiel. Une approche honnête, pragmatique et rassurante, en fait. Mais ses excursions n’accordent que peu de place à l’imprévu.

Parce que le touriste n’accepte pas de se laisser surprendre. Il a déjà tout organisé. Peu de conversations avec les habitants. Et parfois, des jugements qui tombent un peu vite. Combien de fois ai-je entendu cette phrase qui résume tout : « C’était beau, mais là-bas, les gens sont pauvres et sales. »… Et tant pis si son déplacement manque totalement d’âme.

Le voyageur voit ce qu’il voit, les touristes voient ce qu’ils sont venus voir.
Gilbert Keith Chesterton, auteur britannique

… le voyageur préfère se perdre

Le voyageur, lui, avance autrement. Il part sans certitudes, mais avec beaucoup de curiosité. Il ne cherche pas ce qu’il a lu dans un livre : il veut ce que les guides ne disent pas.

Le bourlingueur ose se perdre dans les ruelles sans nom. Il s’attarde dans les quartiers apparemment sans attrait et y découvre des lieux incroyables. Il s’entretient avec un inconnu assis sur le seuil d’une porte, même s’ils doivent se parler avec les mains. Curieux, il goûte des plats dont il n’a jamais entendu parler. Il n’en connaît même pas les ingrédients. Et parfois, ça vaut mieux.

Vagabond en errance, il entre dans des endroits qui ne sont pas « recommandés ». Le voyageur accepte de ne pas tout maîtriser. Et c’est là, dans cette ouverture d’esprit, que naissent les vraies anecdotes.

Vue du Taj Mahal à Agra en Inde
Le Taj Mahal : la photo que tout le monde rapporte… ou presque. Photo : Jovyn Chamb

Un voyageur ne dira pas seulement : « J’ai pris le Taj Mahal en photo. » Lui, il racontera sa rencontre avec cette grand-mère indienne assise sur un banc. Il se souviendra de la passion avec laquelle elle lui a fait découvrir la magnifique histoire d’amour qui se cache derrière ce mausolée. Sans parler des quelques bonnes adresses qu’elle lui a glissées, sous le sceau du secret. Le monument sera toujours là. La rencontre, elle, n’appartient qu’à lui.

Les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir.
Charles Baudelaire, poète français

Pas d’images, des expériences

Le touriste revient avec ses photos-trophées. Le voyageur, lui, revient avec des histoires de rencontres. Le premier montrera à ses amis blasés l’image d’un lieu mille fois photographié. Le second gardera précieusement les anecdotes que seule la connivence avec les gens du cru a rendues possibles. Et parfois, il les partagera avec un heureux élu.

Si c’est pour rejeter la cuisine, ignorer les coutumes, craindre la religion et éviter les populations, il vaut mieux rester chez soi.
James Michener, historien et écrivain américain

Et moi, touriste ou voyageur ?

Ce que j’aime dans le voyage, c’est la découverte d’autres façons de faire. J’aime écouter les histoires d’autres peuples, dans le respect et la convivialité. Chacune m’ouvre un peu plus l’esprit.

Et puis au fond, qu’en ai-je à faire des étiquettes ? Touriste ou voyageur ? Ne sommes-nous pas tous un peu des deux ? Moi le premier !

Le guide João Britu dans une rue de Lisbonne
Dans les rues de Lisbonne, le guide João Britu choisit judicieusement les lieux où il s’arrête. Sans nuisance pour les habitants.

Mon conseil : Quelle que soit votre manière de voyager, soyez toujours respectueux envers les gens qui vivent là où vous vous rendez.

Imaginez votre réaction si vous aviez un tel trafic de badauds sous vos propres fenêtres…

Alain Demaret
Suivez-moi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.