Parfois, quand je suis en route depuis longtemps, je suis lassé de refaire mon sac, de chercher un hôtel, de reprendre le bus ou le train. J’ai besoin de faire une pause, de rester dans un endroit qui me plaît… au moins une semaine. Pour faire semblant d’être « chez moi ».
Quand je pars longtemps, il m’arrive de connaître un moment de faiblesse. Ce n’est pas que j’aie envie de rentrer chez moi. Non ! J’ai juste envie de faire une pause. Pour me renflouer, pour ne plus voyager dans mon sac à dos. Un besoin de rester avec des gens que je connais, d’approfondir le lien.
Tu me diras que ce sont des problèmes de gens qui ont la chance de voyager. Et tu auras raison, je m’en rends bien compte. Mais bon, quand ça arrive, j’aimerais que ce soit utile. Pas nécessairement pour moi. Mais pour les gens chez qui je voudrais me poser.
J’ai coupé du bois à Vienne
Quand j’ai laissé mon amie Agnieszka à Zakopane, en 1989, j’ai traversé la Tchécoslovaquie. Direction Vienne pour voir une autre de mes connaissances, Ruxandra. Et là, les choses ne se sont pas tout à fait passées comme prévu. Gros coup de blues. Je veux rester un peu dans la capitale autrichienne.
Une connaissance de Ruxandra avait besoin d’un coup de main pour couper du bois. On était en hiver. Je m’y suis collé. Une semaine de travail. Couper, puis ranger à la cave… couper, puis ranger à la cave… Répétitif, mais payé au noir, au tarif viennois ! Pour un jeune voyageur, c’était une aubaine.

Puis retour au centre-ville et reboulot. Dans les coulisses du Café de l’Europe, cette fois, sur Stephansplatz, à une centaine de mètres du Stephansdom.
Après les fêtes de Noël et du Nouvel An, ce job en a appelé un autre : repeindre un chalet au bord d’un lac. Gîte dans le chalet, bien sûr, mais les repas restent à mes frais. L’un dans l’autre, j’étais quand même le gagnant dans cette histoire.
Et me voilà avec la somme idéale pour me payer un rab de vacances et un retour en train-couchettes. Y’a pire pour un étudiant qui vient de sécher les cours et les examens de Noël.
Petits-dej’ au Portugal
Plus récemment, j’ai donné un coup de main dans un bed and breakfast au Portugal. Lors de mon passage à Carrapateira, en 2019, j’avais dormi dans un Bed & Breakfast tenu par une famille de… Néerlandais.
J’avais conservé les coordonnées et un jour, j’ai vu qu’ils cherchaient quelqu’un pour une dizaine de jours.

La mission ? Remplacer le fils parti en vacances pour refaire les lits, préparer les petits-déjeuners… Rien de compliqué. Nourri et logé… Comme ils me connaissaient déjà, ils ont même remboursé mon voyage. Je suis resté trois semaines et on s’est vraiment bien amusés. Surtout la maman… elle est partie se reposer quelques jours aussi, quand son fils est revenu.
Gagner de l’argent ou dépenser moins
À Vienne, cette pause m’a permis de gagner un peu d’argent. Les petits boulots et les emplois saisonniers peuvent servir à renflouer la caisse avant de reprendre la route.
Au Portugal, je n’ai rien gagné. J’ai donné quelques heures par jour en échange du gîte et du couvert. Ce type d’arrangement permet surtout de réduire les dépenses : on aide dans un hébergement, une ferme ou chez un particulier et, en contrepartie, on est logé, nourri ou les deux. J’avais pas mal de temps libre pour aller visiter les environs, goûter la cuisine locale et surtout les poissons frais.

Dans les deux cas, j’y ai trouvé bien davantage qu’un salaire ou un lit gratuit. Je suis resté avec des gens que je connaissais déjà et j’ai partagé leur quotidien. C’est la courte durée qui a rendu chacune de ces expériences sympa. Je voulais me poser et approfondir les liens. C’est exactement ce que j’ai fait.
Quand la route commence à me peser, je ne songe plus forcément à rentrer. Je cherche plutôt un endroit où poser mon sac et me rendre utile. J’envisage même d’aller en Asie ou en Afrique pour donner des cours de français. Quelques jours ou quelques semaines suffisent parfois pour retrouver l’envie de repartir… avec un peu d’argent gagné ou économisé, mais surtout de nouveaux souvenirs.
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