J’ai beaucoup d’affection pour Tenzing Norgay, le Sherpa qui accompagnait Edmund Hillary lorsqu’il a vaincu l’Everest. J’avais même brodé son nom avec quelques points maladroits sur mon tout premier sac à dos. Il faut croire que j’avais l’ambition d’un géant !
Tenzing Norgay a passé une bonne partie de sa vie sur les pentes de l’Himalaya. Namgyal Wangdi, son nom de naissance, est né en 1914. On n’a aucune certitude sur son lieu de naissance. Il a probablement vu le jour au Tibet ou au Népal, dans la région du Khumbu, mais les sources divergent. Très jeune, il rejoint la communauté sherpa de Darjeeling, en Inde, où les expéditions himalayennes recrutent guides et porteurs.

En 1935, il rejoint une expédition britannique de reconnaissance sur l’Everest. Il revient sur la montagne en 1936 et en 1938, puis multiplie les expéditions dans l’Himalaya. Peu à peu, son endurance, son expérience de l’altitude, son sens du terrain et ses qualités de grimpeur font de lui un membre essentiel que les explorateurs aiment avoir auprès d’eux.
Un homme ordinaire
Ce n’est pas l’homme qui a vaincu l’Everest aux côtés d’Hillary en 1953 qui m’impressionne. L’exploit sportif ne suffit pas à expliquer l’affection que je lui porte.
Bien sûr, sans cette victoire, je n’aurais sans doute jamais entendu parler de lui. Et son nom n’aurait pas été brodé sur mon premier sac à dos. Tenzing est resté un homme simple même après être devenu l’un des hommes les plus célèbres de son époque.

Il a rencontré des chefs d’État, des princes et des reines sans jamais donner l’impression d’oublier d’où il venait. Toute sa vie, Tenzing est simplement resté Tenzing : un homme proche de la montagne et des autres.
De l’homme au guide sherpa le plus célèbre
En mai 1952, avec l’alpiniste suisse Raymond Lambert, Tenzing s’engage sur une nouvelle voie, ouverte depuis le Népal. Le 28 mai, les deux hommes atteignent l’arête sud-est de l’Everest à environ 8 600 mètres. Ils ne sont plus qu’à 250 mètres du sommet, mais, épuisés et disposant d’un matériel d’oxygène défaillant, ils renoncent. Je pense que cette défaite n’en est pas vraiment une. Les deux hommes viennent de montrer la voie. Et, plus important, ils reviennent vivants après avoir passé une nuit à 8 400 mètres sans sac de couchage ni réchaud.
Un an plus tard, une expédition britannique, conduite par John Hunt, repart à l’assaut de l’Everest. Cette fois, Tenzing est considéré comme un grimpeur de premier plan. Le 29 mai 1953, Edmund Hillary et Tenzing quittent leur dernier camp. Après plusieurs heures d’effort, ils atteignent à 11 h 30 les 8 848 mètres de l’Everest et réalisent la première ascension confirmée du sommet. Les deux hommes y restent une quinzaine de minutes.

Ils redescendent ensemble et refusent de révéler qui a posé le premier le pied au sommet. Leur réussite restera celle d’une cordée. Les noms d’Hillary et de Tenzing sont gravés dans l’histoire. Définitivement !
Une vie dédiée à la montagne
L’Everest transforme Tenzing en héros international. Mais l’homme ne change pas et sa vie ne s’arrête pas au toit du monde. En 1954, lorsque Nehru fonde le Himalayan Mountaineering Institute à Darjeeling, Tenzing y devient directeur de l’entraînement sur le terrain. Pendant plus de vingt ans, il transmet ses connaissances et forme de nouvelles générations d’alpinistes et de guides.
Il quitte ce poste en 1976, à 62 ans. Mais il reste conseiller auprès de l’Institut jusqu’à sa mort. Tenzing n’a jamais revendiqué de victoire ou de titre. Il a simplement partagé et transmis son savoir et sa connaissance profonde de la montagne.

Car jamais il ne s’éloigne de son cher Himalaya. D’ailleurs, il continue à accompagner des groupes vers les plus hauts sommets du monde. En 1978, il crée une société de trekking : Tenzing Norgay Adventures. L’entreprise est toujours active aujourd’hui. C’est le fils de Tenzing, Jamling Tenzing Norgay qui en a pris les rênes.

Lorsqu’il meurt à Darjeeling le 9 mai 1986, l’homme de l’Everest laisse derrière lui bien davantage qu’un record. Tenzing avait commencé sa carrière à une époque où les Sherpas apparaissaient souvent dans les récits d’expédition comme de simples auxiliaires des alpinistes occidentaux. Son parcours contribua à changer ce regard.
Au-delà de l’explorateur, c’est l’homme que fut Tenzing qui m’a toujours impressionné. Je ne l’ai pas rencontré, et je le regrette, mais de tous les récits que j’ai pu lire, il ressort que la vie de Tenzing Norgay a toujours été tournée vers
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