J’aime mes pieds, j’entretien mes chaussures de randonnée

Mario s’occupe de mes chaussures de randonnée. Mon  assurance pour des pieds heureux. La godasse, c’est mon outil de travail. Cela va de pair avec un sac à dos léger et l’art d’écouter son corps. Guide d’entretien automnal. 

Avant d’avaler des kilomètres, il faut avoir les pieds bien chaussés. Je ne parle pas d’esthétique ou de mode, mais de confort, de robustesse ou d’adhérence. « À chaque pied, son soulier, et à chaque terrain, son exigence« , rappelle Christelle, vendeuse chez A.S. Adventure. Mais une fois le choix établi, ce n’est pas fini. Ce qui compte ensuite, c’est l’entretien. Et c’est là que beaucoup de baroudeurs commettent des erreurs.

Mario, cordonnier à Liège depuis plus de trente ans, est ma référence « chaussures ».

Pour y voir clair, j’ai posé la question à Mario, mon cordonnier. « On ne bichonne pas une bottine en cuir comme on nettoie une chaussure en toile« . Et quand il y a une membrane respirante de type Gore-Tex, ça se complique.

Traiter avant de partir

Mario est formel, l’entretien d’une chaussure de marche commence avant la première balade. « Il faut traiter la matière avant la première utilisation« , glisse-t-il, sérieusement. « Une tache sur la toile ou le cuir, c’est comme une porte ouverte à l’humidité. Et plus elle s’incruste, plus ça s’abîme vite. »

Il prend des baskets blanches en cuir comme exemple. « Si tu les imperméabilises avant de les enfiler, un coup de chiffon suffira à effacer les petits accrocs du quotidien. Mais si la toile est laissée à nu ? Adieu l’éclat du neuf« , prévient-il. « C’est pareil pour les chaussures de marche« , insiste-t-il. « Un traitement imperméabilisant, adapté au matériau, c’est LE geste qui compte. Et franchement, ça fait toute la différence par la suite ».

Éliminer boue et poussière

Deux ennemis menacent la durabilité des chaussures de randonnée : la boue/poussière) et l’humidité.

Nettoyer la boue rapidement est essentiel. La terre est acide, elle détériore les textiles et dessèche le cuir. Terre, sable ou poussière finissent toujours par nuire à la chaussure. Elles accentuent l’usure par abrasion. Pire, lorsqu’elle s’accumule à l’intérieur du chausson, elle augmente le risque d’ampoules — un inconfort que toute randonneuse préfère éviter.

  1. D’abord, j’élimine la boue à l’eau courante, sans détergents, avec une brosse douce. S’il y a des traces de gras, un peu de savon de Marseille nettoie efficacement les surfaces sans agresser les matériaux.
  2. Ne pas oublier de nettoyer soigneusement la semelle, car le caoutchouc est, lui aussi, sensible à l’acidité de la boue. Négliger cette opération peut entraîner l’apparition de crevasses entre les dessins du patin d’accroche.
  3. Ensuite, je délace la tige pour ouvrir la chaussure au maximum sans toutefois abîmer les contreforts ou les parties matelassées.
  4. Et puis je retire la semelle de propreté pour favoriser le séchage.

Patience pour le séchage

Pluie récurrente, neige fondue, rosée du matin, passage à gué ou flaques profondes, la randonnée ne manque pas d’occasions de mouiller ses chaussures. Et puis, quoi que l’on fasse, on finit toujours par transpirer, même quand on porte des sandales. Jusqu’ici, rien de grave. Encore faut-il savoir sécher ses précieux godillots. « Pas trop vite, et pas n’importe comment« , lance Mario.

  1. Sur une chaussure trempée, la première erreur est de bourrer l’intérieur avec du papier journal. L’encre d’imprimerie est très mordante. Au contact de l’humidité, cet acide peut endommager la membrane respirante. J’utilise du papier absorbant industriel, sans motifs.
  2. L’autre erreur, c’est que l’on veut que le séchage soit rapide… trop rapide ! « Une source de chaleur trop forte dégrade la colle utilisée pour assembler la chaussure. Ce qui raccourcit la durée de vie de nos chères bottines« .
  3. Lorsque tout est sec, il m’arrive de parfaire le nettoyage avec une brosse douce qui délogera les derniers grains de poussière.

Ne pas négliger le chausson intérieur

On néglige souvent de nettoyer l’intérieur du chausson. C’est pourtant essentiel et très simple à faire. Une fois la semelle de propreté retirée, remplissez chaque chaussure avec de l’eau claire. Ensuite, pincez doucement la tige, secouez la chaussure, puis frottez l’intérieur à la main avec délicatesse. Répétez cette opération jusqu’à ce que l’eau de rinçage soit limpide.

Cette méthode permet d’éliminer la poussière infiltrée, de réduire les risques de frottement qui mènent à une usure prématurée ou à la formation d’ampoules. Elle permet de vérifier l’intégrité de la paroi interne, de neutraliser les mauvaises odeurs et de restaurer la respirabilité de la membrane, si votre chaussure en est équipée.

La semelle intérieure – aussi appelée semelle d’hygiène – mérite aussi votre d’attention. Elle peut généralement être lavée en machine à 30 °C, avec un essorage doux à 600 ou 800 tours/minute. Comme toujours, le séchage doit être progressif, à l’air libre, afin de préserver les qualités techniques des matériaux. Pour les modèles en gel, pensez à consulter les recommandations du fabricant.

Nourrir le cuir

Si on est sûr qu’il n’y a pas de membrane respirante, de la graisse ou un cirage spécial qui nourrit et imperméabilise le cuir est le traitement idéal et suffisant. Cette méthode apporte une patine sympa, elle protège la fleur du cuir des taches et confère un pouvoir déperlant à la surface extérieure sans altérer la respirabilité de la bottine.

La godasse en toile

« Parfois, quand il fait chaud, il m’arrive de partir avec des chaussures en toiles, même si je sais qu’il va pleuvoir. Avec ce type de baskets, je sais que j’aurai les pieds mouillés. Mais elles sont plus confortables et elles sèchent particulièrement vite. Pour minimiser les désagréments, j’utilise simplement un spray imperméabilisant qui va entretenir ou raviver la déperlance. Tout en sachant que cela ne va pas imperméabiliser une chaussure en toile.

Une fois mouillée, il faut toujours respecter les mêmes règles : prendre le temps de laisser sécher à température ambiante, bien entretenir l’intérieur de la chaussure. Même après une bonne averse, en continuant à marcher, une basket mouillée en toile sèche en moins de deux heures. C’est donc très confortable.

Mon cordonnier résume

  • Activer la déperlance avant la première utilisation en utilisant le produit adapté au type de chaussure à traiter.
  • Le papier absorbant neutre (blanc, sans dessins) pour sécher l’intérieur. L’encre du journal est acide et risque, à la longue, d’endommager l’intérieur du chausson.
  • Éliminer les résidus secs avec une brosse douce – Ce sont les brins d’herbe, les aiguilles de pin, la poussière, les grains de sable, la boue séchée et autres brindilles… qui, à la longue, endommagent la tige.
  • Ne ranger les godasses que lorsqu’on est certain qu’elles sont bien sèches.
  • Choisir un endroit sec et ventilé est un plus.

Si vous aussi avez des trucs ou des astuces de « grand-mère » pour entretenir et faire durer celles qui vous portent par monts et par vaux, n’hésitez pas à laisser un commentaire.

Cordonnerie du Centre

Rue Saint Paul, 41
4000 Liège
Téléphone : 04/223.22.41

Ouverture :
Lundi de 12 h à 18 h
Du mardi au vendredi de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h
Samedi de 12 h à 18 h

 

Alain
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